Kaira, la fourmi pas ordinaire

Un jour

Cher journal,

Depuis quelques temps, je m'ennuie. Je ne fais rien de la journée à part faire des larves pour ma fourmilière, et ça commence à m'énerver très sérieusement ! Je veux m'en aller de ce fichu tas à fourmis ! Dehors, dehors, dehors... ce mot me hante ! Minimie, une ouvrière qui, au fil des années, est devenue ma «raconteuse d'histoires sur le Dehors», me raconte chaque soir une de ses aventures du Dehors et cela me fait rêver au monde merveilleux qu'est le Dehors. Le Dehors, le Dehors... J'y pense, j'en rêve, j'en rêvasse, je...enfin, en bref, je veux y aller ! Franchement, je suis bien contente de t'avoir commencé aujourd'hui car j'avais besoin de me confier à quelqu'un ou à quelque chose plus profondément qu'à ma confidente. Demain, je demanderai à Minimie si elle connaît un moyen pour sortir de cette prison.

KaÏra

Le lendemain

Cher journal,

Aujourd'hui, j'ai parlé de ma mélancolie à Minimie et elle m'a dit qu'elle savait l'emplacement d'un passage secret dont elle seule connaît l'existence. A ce moment, j'ai poussé des cris de joie, je sautillais sur place, j'étais tellement heureuse !! J'allais enfin pouvoir sortir de ce tas de malheur ! Mais mon enthousiasme fut enterré six pattes sous terre quand Minimie m'a rappelé mon handicap :
« C'est bien beau de voir la fourmilière à moitié pleine mais il y a un gros problème : ton poids. » Je n'oublierai jamais ces mots. J'ai regardé mon abdomen avec désespoir et me suis mise aussitôt à pleurer. Minimie essayait de me consoler mais c'était impossible. J'étais désespérée. Après quelques secondes de réflexion, mon amie me redonna une lueur d'espoir :
« Je connais une vieille ouvrière qui était reine d'une autre fourmilière avant et qui s'est échappée...
- Mais il est impossible qu'elle ait put entrer dans la fourmilière !... à cause de son odeur ! les ouvrières l'auraient massacrée...(petit silence)
- Oui, mais grâce à son caractère et à sa vivacité, elle a sympathisé avec la reine et a été acceptée. C'était il y a longtemps et nous n'étions pas encore nées, toi et moi. Elle avait essayé tous les moyens qu'elle imaginait pour maigrir et, après maintes défaites, elle avait fini par trouver des astuces efficaces... je vais lui demander de venir te voir avec moi demain.
- Merci mille fois, Minimie ! J'espère que j'y arriverai ! »
Je l'ai serrée dans mes pattes quelques secondes tout en poussant des cris de joie. Youpi ! !

Kaira

Le jour suivant

Cher journal,

Aujourd'hui, l'ancienne reine est venue me voir et m'a donné de bonnes astuces pour perdre du poids. Je vais les mettre en pratique dès demain.

Kaira

Le lendemain

Cher journal,

Au moment de mon réveil, j'ai dû dire que je ne me sentais pas bien et que je voulais rester au lit; et donc, je n'ai pas eu à faire de larves ni à manger.

Kaira

Le jour suivant du lendemain d'hier

Cher journal,

J'ai fait la même chose qu'hier.

Kaira

Le jour suivant d'hier

Cher journal,

Dès mon réveil, j'ai dû recommencer mes mensonges.

Kaira

Le jour d'aujourd'hui

Cher journal,

J'ai perdu beaucoup de poids depuis le dernier lendemain.

Kaira

Le lendemain du jour où je ne t'ai pas écrit

Cher journal,

Aujourd'hui, quand Minimie est venue me voir, elle m'a dit que j'avais perdu beaucoup de poids et qu'elle en était impressionnée. Elle pense qu'on va pouvoir partir bientôt, mais il faudra que je continue mon « régime » jusqu'à notre départ.

Kaira

Le lendemain du jour qui était après celui où je ne t'ai pas écrit

Cher journal,

Aujourd'hui, Minimie m'a dit qu'on va partir ce soir. Youpiiiii ! Mais j'ai quand même dû continuer à mentir sur mon état. Les ouvrières commencent à avoir des soupçons et il est grand temps de partir. J'ai hâte que ce soir arrive ! Demain, je ferai un récit de notre fuite.

Kaira

Le soir où nous sommes parties

Cher journal,

Pour nous enfuir, Minimie m'a guidée à travers la fourmilière jusqu'à une paroi qu'elle a poussée et qui s'est mise à pivoter. Nous sommes passées; mon amie l'a refermée et nous nous sommes retrouvées dans un couloir sombre. Heureusement, Minimie avait prévu une luciole qui éclairait nos pas. Après avoir parcouru 20-25 centimètres, le couloir s'est arrêté et... nous étions enfin arrivées dehors !

Au-dessus de nos têtes s'étendait un gigantesque bol renversé, à l'intérieur d'un bleu très foncé avec des sortes de puits de lumière aussi grands qu'une fourmi, par où passait une très faible lueur. Il y avait aussi un trou dix fois plus grand que les autres et qui brillait dix fois plus fort. Des rubans immenses qui sortaient du sol à la verticale nous entouraient. A nos pieds, une matière inconnue et rugueuse qui ça et là était plantée de pierres énormes, faisait office de sol. Minime m'a alors expliqué que le bol renversé s'appelle «le ciel », les trous « les étoiles », le gros trou « la lune », les rubans « l'herbe » et le sol « la terre ». Tous ces mots nouveaux, toutes ces choses nouvelles...voilà le dehors...

Mon guide m'a dit qu'il fallait s'éloigner de la fourmilière pour ne pas être repérées par les sentinelles; nous nous sommes mises en route. En chemin, Minimie s'est arrêtée et elle m'a alors parlé avec une mine illuminée :

« Tiens, j'y pense ; tu pourrais faire comme « la vieille ».

- Je ne comprends pas. Sois plus précise.

- Tu pourrais aller dans une autre fourmilière comme ouvrière.

- J'y avais déjà pensé... mais j'ai vite renoncé.

- Mais... pourquoi donc ? me demanda-t-elle étonnée. Pourquoi ? C'est une très bonne idée !

- Je n'ai ni la vivacité, ni le caractère pour négocier mon entrée dans la fourmilière.

- Aie confiance en toi et ne t'inquiète pas pour ça, je m'en occuperai.

- Mais comment vas-tu faire ?

- Ne t'inquiète pas, je m'occupe de tout. »

Je me demandais bien comment elle allait faire, mais si elle réussissait, j'allais enfin pouvoir connaître la vie laborieuse des ouvrières !

Après avoir marché encore longtemps, nous avons aperçu une faible lumière rosâtre à l' « horizon » (encore un nouveau mot que Minimie m'avait appris entre temps). Plus tard, la fourmilière dont m'avait parlé mon guide était en vue. A l'horizon, un disque lumineux commençait à apparaître : le « soleil ».

La fourmilière s'éveillait. Nous en étions à proximité quand une nuée de fourmis s'abattit sur nous. Elles nous repoussaient, nous insultaient; jusqu'à ce que l'on ait le droit de voir la reine. Quand nous sommes arrivées devant elle, je me suis rendue compte que Minimie et la reine se connaissaient depuis longtemps, elles s'étaient retrouvées en se serrant les pattes et en se rappelant leurs exploits d'enfance. La négociation fut facile. La reine nous donna son odeur et nous parlâmes beaucoup. Une chambre fut creusée pour nous pendant que nous visitions la fourmilière.

Une nouvelle vie commençait pour moi.

Kaira

FIN

Eléonore, CM2